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— Association des groupes de ressources techniques du Québec

 

Projet d’habitation pour les aînés de Joliette : le défi d’une gouvernance en quête d’innovation

 

Complices

Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), Congrégation des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, Moniales Bénédictines de Joliette, GRT GALOP Lanaudière et Rayside Labossière

Entremetteur

C’est par l’entremise du Quartier des générations que PRÉSÂGES a eu l’opportunité de rencontrer ce groupe de personnes réunies par la volonté d’offrir à la communauté de Joliette une résidence pour aînés innovante et ouverte sur la communauté. PRÉSÂGES ayant accompagné le Quartier des générations dans ses réflexions et sa quête du « faire autrement » sur des sujets forts similaires, il était tout naturel pour ce dernier de suggérer à ce petit groupe de nous rencontrer. Et la complicité s’est rapidement établie…

Contexte

Comment repenser la gouvernance, faciliter la prise de décisions dans un projet qui rassemble autant de parties prenantes et s’attaque à de nombreux enjeux?Plusieurs parties prenantes, des valeurs, des parcours, des intentions distinctes, et un projet qui les rassemble : offrir aux personnes aînées de Joliette un nouveau milieu de vie, un chez-soi qu’elles pourront habiter jusqu’à la fin grâce à un continuum de services, à un aménagement novateur et au soutien d’une communauté.  De nombreux défis pour arriver à conjuguer la vision de deux congrégations religieuses – unies par la proximité et le désir de laisser en héritage leurs valeurs et une maison ouverte à ceux et celles qui voudront les transmettre – à celle de l’AGRTQ en quête d’un terrain propice au développement d’un modèle innovant d’habitation pour aînés.

Au fil des échanges, deux grandes questions se dessinent :

  • Comment repenser la gouvernance, faciliter la prise de décisions dans un projet qui rassemble autant de parties prenantes et s’attaque à de nombreux enjeux?
  • De quelles manières l’esprit d’innovation peut-il teinter les diverses étapes de ce processus de décision?

C’est lors d’un lac-à-l’épaule que nous accompagnerons le groupe en quête de réponses. Pour alimenter les réflexions ce jour-là, nous explorons d’abord divers modèles de gouvernance avec l’idée centrale de permettre à toutes les voix d’être entendues. Après avoir questionné les avantages et les limites de la hiérarchie et de la coopération, nous explorons un troisième modèle beaucoup moins connu : la stigmergie.

Il s’agit d’un nouveau modèle de gouvernance collaborative inspiré du mode d’organisation des insectes sociaux (fourmis, termites, etc.). Plutôt que de rechercher le consensus ou d’entrer dans une dynamique de concurrence entre les parties prenantes du projet, ce modèle basé sur les idées et les actions plutôt que sur les personnes qui les portent est beaucoup mieux adapté à un contexte où l’on souhaite stimuler l’innovation puisque chacun est libre de contribuer là où ça lui semble opportun. Les bonnes idées se développent plus facilement car les contributeurs ont la liberté d’accepter le travail proposé ou de créer une alternative. Les communautés qui développent des « logiciels libres » s’appuient sur ce modèle.

Comme tous les modèles, celui-ci a ses limites. En travaillant avec les participants, nous en sommes venus à la conclusion que certains aspects du projet avaient avantage à s’inscrire dans une dynamique hiérarchique, tandis que d’autres décisions devaient se prendre en coopération. Après tout, les modèles hiérarchiques n’ont pas que du mauvais si on y prévoit des canaux de communication transparents. La stigmergie, quant à elle, devait occuper une place plus importante dans les dimensions du projet où la volonté d’innover était dominante. Un petit aide-mémoire a été créé pour que les participants gardent en tête ces trois dynamiques pendant leurs échanges.

Comment laisser les traces nécessaires dans l’environnement pour que tous puissent rebondir sur les idées des autres et en suivre l’avancement?Cependant, bien que la stigmergie représente une piste intéressante pour favoriser l’innovation, sa mise en œuvre n’est pas simple. Comment laisser les traces nécessaires dans l’environnement pour que tous puissent rebondir sur les idées des autres et en suivre l’avancement?

Extrait du schéma « La machine à prendre des décisions » réalisé par PRÉSÂGES et inspiré en partie de la théorie CK (Atchuel, Weil et all.)

La théorie de la conception innovante (théorie C-K), développée par l’équipe de recherche d’Armand Hatchuel et Benoît Weil dans les années 1990, nous offrait une belle piste, car elle permet de modéliser le processus menant à la génération d’innovations. Quels concepts ont été explorés? Quelles connaissances ont alimenté l’idéation? Dans ce modèle où les concepts (C) se retrouvent d’un côté d’un tableau et les connaissances (K) de l’autre, on peut suivre chaque étape de ce va-et-vient entre les premières idées, les recherches effectuées pour répondre aux questions qu’elles soulèvent et les nouveaux concepts que les connaissances acquises engendrent. Ainsi, tout le monde peut découvrir de nouvelles informations, ajouter des connaissances manquantes, bonifier une proposition ou partager une nouvelle idée.

Finalement, pour que toutes les parties prenantes puissent se prononcer sur cette nouvelle façon de faire avancer ce projet complexe, nous avons créé un schéma illustrant ce processus où la stigmergie croise la théorie CK qui a été accueilli avec enthousiasme et curiosité par les personnes auxquelles il a été présenté. En espérant que cette belle équipe trouvera l’équilibre nécessaire entre hiérarchie, coopération et stigmergie pour mener à terme ses réflexions et réaliser un projet d’habitation à la hauteur de ses aspirations.

Contribution de PRÉSÂGES

Clarifier les intentions. Proposer de nouveaux concepts et de nouvelles méthodes pour travailler ensemble autrement. Faciliter les échanges.